Something Completely Different — 83
Portrait de l'artiste en jeune homme.
Dans Libé ce matin une bonne surprise, la derniere page (le mytique portrait) est consacrée au mytique AFD (Arnaud Fleurent Didier)...
et faisons un peu fy des lois du copyright...
Pas tant à contre-temps
Arnaud Fleurent-Didier, 33 ans, homme-orchestre et fondateur du label French Touche. Le personnage peut sembler anachronique, mais sa musique et sa démarche d’autodiffusion s’accordent avec l’époque.
Par AURELIANO TONET
QUOTIDIEN : vendredi 24 août 2007
Le passé semble, à première vue, le temps qui lui sied le mieux. Son physique truffaldien, mi-Jean-Pierre Léaud mi-Bernard Menez, fleure bon la France d’avant. Sa garde-robe classieuse, son studio d’enregistrement empli de matériel vintage, la décoration de son deux-pièces parisien (cuirs et tissus usés, machine à café obsolète) signalent un goût certain pour l’ancien. Selon ses amis, il n’est pas rare de croiser Arnaud Fleurent-Didier un archet sous un bras, une baguette sous l’autre, arpentant les alentours de la place Clichy, qu’il ne quitte que pour aller voir des ballets. «Je ne m’habitue pas aux choses qui finissent» , reconnaît l’auteur des Poètes ont quitté Paris. «Proustien jusqu’au bout des ongles», il a lu deux fois la Recherche et y a trouvé «une mémoire de la littérature» qui l’émeut aux larmes.
Une mémoire de la chanson française, c’est en partie ce à quoi ressemble sa musique. On songe à Polnareff pour le timbre gracile et les cordes raffinées. «Entre Ferré et Gainsbourg dans les bacs», nuance, malicieux, son site perso. Comme eux, Fleurent-Didier fait le lien entre deux traditions très françaises. D’un côté, l’attachement au format chanson, où priment les textes. De l’autre, une attention aiguë pour l’enrobage sonore des morceaux, qui court des arrangeurs sixties (De Roubaix, Colombier) à la musique électronique la plus actuelle. Car, sous ses airs anachroniques, le garçon est bien de son temps. Exploit rare, il parvient à réconcilier sur son nom deux des chapelles médiatiques les plus antagonistes de ces dernières années, la French Touch et la nouvelle chanson française. Nicolas Godin, du duo electro Air: «La musique d'Arnaud me touche davantage que celle de Gainsbourg.» Et pour Vincent Delerm , «sa musique est aussi belle que celle de Peau d’âne.»
Raconter l’époque sur une musique atemporelle, telle est l’ambition de ce Rastignac pop, qu’impressionne la «générosité, la cohérence et la contemporanéité» de l’œuvre d’un Balzac. Sur un tapis de clavecins rococo, son dernier disque, le Portrait du jeune homme en artiste, disait ainsi les errements du chanteur débutant face aux diktats des Inrocks, aux «Prix verts» de la Fnac et au succès qui ne vient pas ( Mon disque dort). Un portrait qui, par sa sincérité, s’écoute comme un autoportrait en creux.
Au début des années 90, AFD assiste au triomphe around the world de son camarade de lycée, Thomas Bangalter, moitié du duo electro Daft Punk. La French touch, synthétique et anglophone, est née. En réaction, il publie chez un éditeur japonais trois disques de pop patriote, sous l’appellation Notre-Dame. Avant de fonder, en 2003, son propre label, qu’il intitule… French Touche. «Je ne comprenais pas qu’on puisse être sincère en chantant en anglais.» Là encore, le décalage n’est qu’apparent. Des Daft Punk & co, il rejette beaucoup mais retient la démarche autonome et le marketing novateur.
Diplômé d’une «sous Centrale», il y a appris «à devenir sinon ingénieur, du moins ingénieux» et se sert de ce don pour pousser à l’extrême la logique d’indépendance chère à la génération electro. Pour promouvoir sa musique sur le Net, il apprend le métier de web designer, qu’il exerce encore aujourd’hui en freelance, pour des clients tels qu’Agnès Varda, et dont il tire la majeure partie de ses revenus (1500 euros par mois en moyenne).
D’une toile à l’autre, le voilà dessinant, au pinceau, la pochette de ses disques. Dessus, il se dissimule derrière des piles de livres ou en contre-jour d’un code-barres, dont les barreaux suggèrent «la perte de liberté que représentent, pour l’artiste, la professionnalisation de son art, mais aussi différentes tranches de vie juxtaposées» . Puis, vachard : «On dit que je suis narcissique, mais je préfère me cacher derrière un concept qu’afficher ma tronche à tout va. Je préfère les masques de Daft Punk à l’impudeur d’un Benjamin Biolay.» Narcissique, à voir, individualiste, sûrement. Batterie, piano, violon, violoncelle, guitares, il est un groupe à lui tout seul, préférant «la joie d’apprendre à la frustration de déléguer ou de subir.»
De la conception à la diffusion, rien, hormis les flûtes, n’échappe au contrôle de celui qui, petit, s’éclatait comme un fou autour de ses trains électriques. French Touche est en effet, outre un label, «une galerie d’objets touchants», sise place Clichy, comme le reste de ses pied-à-terre. Sa sœur et son ex-compagne y vendent divers bibelots bobos, dont une trentaine de «chansonspoches», nom donné à une série de CD single miniatures, pressés au format carte de crédit. Intuition marketing en forme de pied de nez à la crise du disque, cette collection recense les coups de cœur et les collaborations éparses du patron - B.O. de films scandinaves, travail d’arrangeur pour tel ou tel ami… Parmi ces derniers, on trouve la star discoïde Philippe Katerine mais aussi Dominique de Villepin, dont il a orné le discours anti-guerre à l’ONU de chœurs héroïques et de basse rondelette.
Villepin, Fleurent-Didier, les deux lyriques se rêvent, à peu près au même moment, un futur plus-que-parfait. Mais à trop le conjuguer à la première personne du singulier, voire à l’impératif, leurs destins s’écrivent bientôt sur un mode conditionnel. Delerm : «Arnaud aurait très bien pu exploser. Or, à force de tout vouloir choisir, il s’est aussi choisi son public, soit 10 000 connaisseurs à tout casser.» Une pratique aristocratique de la démocratie, d’où découle son CPE à lui. Courant 2005, Fleurent-Didier ambitionne d’arranger l’art et le sort de «chanteurs d’aujourd’hui», comme il les appelle. Las, ceux-ci lui reprochent le systématisme de ses arrangements, son interventionnisme trouble, bref d’avoir «un problème avec l’altérité». En réaction, ils fondent les Disques Bien, une coopérative d’artistes aussi collectiviste que lui est seul. Parallèlement, notre homme s’enlise dans une sombre affaire de droits d’auteur, sorte de Clearstream variétoche où comparaissent les noms du dandy-poète Jérôme Attal et de Florent Pagny. Sa rupture houleuse avec sa muse Ema Derton et l’ajournement sine die d’un disque préparé en commun concluent ce cycle douloureux, aux contretemps duquel se mêlent des syncopes inexpliquées. Il s’effondre plusieurs fois en pleine rue et consulte à tout va, en vain.
Convalescent, AFD vote désormais Bayrou - «Son discours sur la culture et les médias sonne juste» - même s’il reste de droite sur la question du travail : «Mieux vaut le créer plutôt que le protéger.» Des valeurs héritées de sa mère, chef d’entreprise issue du monde ouvrier. Quant à son père, retraité, il devrait chanter sur son prochain album, en cours de finalisation. Un disque bourré d’échos, à l’heure des pages MySpace et des MP3 infiniment répliqués, un disque qui dit la hantise de la procréation biologique et de la redite artistique, à un âge où la jeunesse, dont il aime tant la «fougue et la bêtise», commence à filer. Sur le refrain d’un «band-aid pour sauver l’industrie du disque», il parle de «lendemains qui chantent». «Il faut un temps pour tout», glisse-t-il ailleurs. Parions que le sien n’est plus si loin d’advenir.
Arnaud Fleurent-Didier
en 5 dates
1974
Naissance à Versailles.
1998
«Chansons françaises», premier disque solo.
2002
Ouverture de la galerie-label French Touche.
2005
Met en musique le discours à l’ONU de Villepin.
2007
Achève son album «la Reproduction».
Libellés : Something Completely Different
Et d'ailleurs...



6 pensées :
La société des Apprentis Artistes Etablis est un monde impitoyable où une affaire de droits d'auteur peut brouiller une amitié et entrainer la dépublication de pages de Journal. Mais qualifier ça de Clearstream - ça n'est qu'une chanson de Florent Pagny.
J'écoutais un peu A-FD à l'époque. J'aimais beaucoup la voix d'Ema Derton.
C'est pas faux.
Il a réalisé il y a quelques années une interview où il en parle (enfin heureusement il parle sourtout d'autre chose), c'est à lire sur le site de chronicart (qui eux aussi s'y connaisent en proces pour plagiat)
aah, i love Arnaud fleurent didier. But since i sadly can´t speak a word french i couldn´t understand the article. Perhaps you could say if the article said if there is going to be any new record/release by him or ema derton ?
Calle
unfortunaly my english is like your french...
But i try...
It's a portrait with some news :
-he broke up with Ema so...
-he finishes a new records, title : 'la Reproduction'
thanks for that, so that means we won´t hear the ema derton album then i guess. And did the article say that the "la reproduction" should be released this year, 2007 ?
Calle
for ema : i don't know, for "la reproduction" : this article only say : 'AFD works on'
A quoi pensez vous ?
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